Andreï Makine, le testament français (prix goncourt et médicis)

by bluesman Posted in Romans | Commenter »

makine1Le testament français est un roman troublant qui, au travers d’une focalisation interne exceptionnelle, vous promène et parfois vous perd entre deux cultures, celles de Makine - auteur français né en Sibérie. Tous les étés de son enfance, le narrateur est bercé par les histoires de France que lui compte son intarissable grand mère.

Ces histoires l’imprègnent peu à peu, l’enrichissent et l’isolent des autres écoliers. La langue de Molière forge son caractère. Il y puise une force et une justesse de perception au travers de l’espace indicible, unique et fascinant qui sépare les différentes cultures et leurs modes d’expression - un espace inénarrable et propre à la traduction. Comment se fait-il qu’une même réalitépetit_makinea_c_u formulée dans deux langues différentes puissent tour à tour paraître méprisable ou grandiloquente?

Andreï Makine signe là l’un de ses plus grands succès littéraires. Si l’accroche du lecteur n’est pas toujours aisée et si le récit manque parfois de clarté, c’est souvent au service d’une émotion prégnante. Une émotion qui vous étreint toujours au carrefour du réalisme et de l’intelligence d’un récit qui plonge ses plus vieux protagonistes dans l’horreur du communisme soviétique. Le narrateur trébuche, tout au long de ce roman, dans l’obscurité la plus sombre, sans comprendre et sans savoir, prisonnier du mutisme familial mais libéré du carcan totalitaire, jusqu’aux dernières pages ou la vérité, celle qui bouleverse, est enfantée dans la douleur…

Raphaëlle Bacqué et Ariance chemin, La Femme Fatale

by bluesman Posted in Histoire et Société, ~Autres~ | Commenter »

Description commentée :

La femme fatale est une enquête publiée l’année dernière par deux grands reporters au Monde, Raphaëlle Bacqué et Ariane Chemin. Ces deux anciens de science-pô nous ouvrent les portes de la campagne du PS pour les présidentielles de 2007. On y découvre chronologiquement de nombreuses anecdotes sur la personnalité de Ségolène Royal, ses rapports tumultueux avec son ex-compagnon et ceux, dramatiques, entretenus avec les éléphants du parti.

Si ce livre a fait grand bruit, c’est surtout parce que l’éditeur, Albin Michel, a été poursuivi pour diffamation et violation du droit au respect de la vie privée par le couple Hollande-Royal. Il est d’ailleurs amusant de relever à cet égard que l’avocat en charge de l’affaire, Jean-Pierre Mignard, figure lui aussi bel et bien dans ce livre d’investigation.

Un tel tintamarre nous donne ainsi légitimement le droit de nous demander quelles révélations extraordinaires pouvaient alors bien justifier à la fois une telle couverture médiatique et avant cela, une demande d’interdiction de publication ?

Les thèmes majeurs abordés ici sont principalement la revanche de la mère Ségolène sur les éléphants qui l’avaient par trop méprisés, son rapprochement avec Jean-Pierre Chevènement et ses confidences à Bernard Henry Lévy, devenu peu à peu son conseiller de l’ombre.

Ceux qui s’attendaient à voir révélé au goût du jour les moindres détails de la vie sentimentale de la reine du Parti Socialiste et celle de l’ex-premier secrétaire, feront donc mieux de passer leur chemin.

À mon sens, la personne qui ressort la plus antipathique au terme de cet ouvrage est probablement Julien Dray. Quant à Ségo, c’est là tout un paradoxe pour un livre prétendument mensonger et diffamant : Ceux qui la haïssent apprendront presque à l’aimer, alors que ceux qui l’adorent mettront peut-être juste un peu d’eau dans leur vin rosé.

Qu’on aime ou qu’on n’aime pas et quel que puisse t être notre sensibilité politique, il est difficile de ne pas ressentir un malaise en lisant ces pages. Celui d’une conception cynique de la politique. La chasse impitoyable aux voix, et l’adaptation permanente de ce qui sert de programme, révèle surtout le néant profond de toute conviction politique de la part des candidats. Jean Dutourd n’a certainement pas complètement tort lorsqu’il pointe avec malice dans son essai, le feld-maréchal Bonaparte, certaines limites du système démocratique ; celui-là même que d’aucuns considèrent pourtant comme… le moins mauvais de tous !

Chuck Palahniuk, Choke

by bluesman Posted in Romans, Science-fiction | 3 Commentaires »

Description commentée :

Choke est la troisième arme de destruction massive lâchée en 2001 par cet ovni de la littérature américaine.

Révélé au monde entier par le succès du dérangeant fight club, Palahniuk excelle dans ce nouveau genre de roman qui fascine presque autant qu’il peut dégoûter.

Corrosif, lubrique, venimeux, provoquant, déjanté, les adjectifs ne manquent pas pour décrire le style de l’auteur qui nous dépeint la quête d’identité de son principal protagoniste: Victor Mancini.

Victor, est un médecin nymphomane qui cherche à découvrir ses origines au chevet de celle qu’il croit être sa mère mourante. Victor a pour passe-temps favori de faire semblant de s’étouffer dans des restaurants afin d’être “sauvé” par des bienfaiteurs généreux. Victor est convaincu par Paige Marschall, une jeune médecin débridée, qu’il est le nouveau christ. Victor a un meilleur ami, Denny, qui, obsédé par les pierres, commence à construire sans permis une immense bâtisse…

Choke est un voyage au cœur de la folie. Chaque personnage est guidé par sa propre névrose obsessionnelle jusqu’au narrateur lui-même qui plaque, un à un, ses tics d’expression.

L’habileté suprême du père Chuck nous conduit pourtant  même à douter, au moment de refermer ce roman effrayant: Qui de ces « egos pensants » est vraiment fou ou clairvoyant?

Pour finir et en un mot, Choke est un livre d’une très grande originalité mais à déconseiller fortement aux âmes sensibles et puritaines.

Thérèse Delpech, l’Ensauvagement

by bluesman Posted in Essais | 4 Commentaires »

Description commentée :

Le retour de la barbarie au XXème siècle est le thème majeur développé dans cet essai qui a remporté le prix fémina en 2005.

Son auteur, agrégée de philosophie et diplômée de l’école normale supérieure, maîtrise allégrement son sujet.

Les fonctions prestigieuses que Thérèse Delpech occupe, tant à la tête des affaires stratégiques du commissariat à l’énergie atomique, au centre d’études et de recherches internationales, qu’à l’institut international d’études stratégiques, n’y sont en effet pas pour rien.

Cette spécialiste des relations internationales mène ici une réflexion historique sur le siècle passé pour mieux nous prédire celui qui s’ouvre à nous.

Revenant tout d’abord sur les premiers jalons posés par le conflit russo-japonais de 1905, elle nous livre ici une analyse à la fois stratégique, historique et philosophique du monde actuel et des scénarios plausibles pour 2025.
Pessimiste, l’auteur met en garde contre l’incidence de la politique de Poutine, les tensions en Asie du Sud-Est et la question nucléaire.

A bien des égards, cet essai passionnant mérite d’être lu à la lumière du rapport de la CIA commenté par Alexandre Adler. Il s’en distingue toutefois par sa dimension quasi-spirituelle qui lui confère une teinte unique.

Daniel Pennac, Chagrin d’École

by bluesman Posted in Essais | 1 Commentaire »


Description commentée :

Chagrin d’école a permis à Daniel Pennacchioni, Pennac pour les intimes, (et pour les autres aussi d’ailleurs), de remporter le prix Renaudot en 2007.

Ce merveilleux petit essai s’ouvre avec douceur sur les difficultés scolaires de l’auteur de la fée carabine et nous invite par là, à mieux pénétrer la vocation profonde de cet homme : enseigner le français.

C’est en les murs d’Hulst, lycée français parisien, que Pennac vit plus qu’il ne nous narre, ces anecdotes drôles, touchantes et révélatrices du rôle crucial qu’est amené à jouer un professeur sur le destin de ces vies naissantes.

Ceux qui comme moi auront enduré, sur les bancs du secondaire, des interminables sévices littéraires infligés par d’horribles personnages rabougris par le temps, l’aigreur et l’indifférence de générations d’écoliers, ne tarderont pas à être conquis par la bonté, le charme et la pédagogie de cet amoureux des livres.

Jean Dutourd, Le Feld-Maréchal Von Bonaparte

by bluesman Posted in Essais, Histoire et Société | Commenter »

Description commentée:

Élu à l’Académie française quatre mois après l’attentat qui détruisit son appartement, Jean Dutourd est un romancier essayiste féru d’histoire qui ne cache pas, dans ce remarquable petit ouvrage écrit en 1996, sa sensibilité monarchiste.

Au fil de ses anecdotes croustillantes, Dutourd revient avec précision et délectation sur des infimes détails oubliés de tous et pourtant déterminants quant aux grands bouleversements de notre histoire.

Insolent, il se complaît à réécrire les trois derniers siècles tels qu’ils auraient pu être, si Louis XVI n’avait pas été arrêté à Varenne, si la Corse était restée Italienne où encore si Napoléon n’avait pas vendu, pour une triste poignée de dollars, la Louisiane alors bien plus étendue qu’elle ne l’est aujourd’hui.

Il en ressort que l’histoire est imprévisible et tient souvent à bien peu de choses, que l’enseignement qui en est fait, par son simplisme, son endoctrinement et ses mensonges, conduit finalement à nous cacher que la raison Hégélienne, dans cet épais brouillard, réserve parfois bien des surprises !

L’amour canin

by bluesman Posted in ~Autres~ | 6 Commentaires »

Vous devinez juste,

je ne me ferai pas le chantre de l’amour canin.

Et pourtant…

On oublie trop souvent de rappeler que l’amour canin inspire l’amour catin

et que l’amour catin menace l’amour câlin.

Or, s’il en est un, c’est cet amour câlin,

lorsqu’il se fait coquin,

qui enivre l’amour félin.

L’amour canin chasse donc l’amour félin,

c’est un fait mais est-ce un bien?

L’amour félin se tapit dans les pensées secrètes et subversives des plus affamés,

les nourit des espoirs de campagnes, au désespoir de leur âme.

Infâmes, d’aucuns poursuivent ainsi,

et c’est là plus que l’oeuvre d’une vie,

la conquête divine d’une grâce féline.

Hélas, lorsqu’ils découvrent celle-ci,

bref est leur sursis avant qu’elle ne s’envole,

tel un voile qui, de sa splendeur immaculée,

recouvrait le coeur noué à son âpre camisole.

Certes l’homme libre est celui qui choisit ses chaînes.

Mais il arrive que les chaînes se fassent chiennes

et qu’à l’amour félin ou substitue enfin l’amour canin.

L’amour félin, alors fêlé,

s’étend, sacrifié,

sur l’autel des ristournes de croquettes pour chiens.

Il sombre sans faim dans la solitude des délaissés,

où il se change en garde chiourme d’un dog en-laissé.

Aujourd’hui comme peut-être demain,

l’amour canin a eu raison du félin,

comme la charge du canon

l’eut hier du félon.

Jean-Pierre Le Goff, La Barbarie Douce

by bluesman Posted in Essais | Commenter »

Description commentée:

La barbarie douce est un essai écrit en 1999 et réédité en 2003 par Jean-Pierre le Goff, sociologue et philosophe français.

Épinglant les techniques de management issues des années 1980, l’école et le monde de l’entreprise sont examinés ici sous le spectre du modernisme et de l’optimisation.

Ce qu’il restait d’humanité et d’individualité est sacrifié sur l’autel de la sacro-sainte « performance » des entreprises. Les « bilans de compétences » et « contrats-objectifs » ciblent quotidiennement les « savoir », « savoir-faire » et « savoir-être » de salariés dont la marge de manœuvre se réduit à mesure que s’étend leur « autonomie » supposée.

Ce que l’auteur décrit ici, c’est la marche implacable et terrifiante de ce néo-Taylorisme qui gagne les bancs de l’école. Un mouvement qui revient à exclure, de plus en plus jeune, des élèves jugés incompatibles avec ce qui sert de modèle aux chasseurs de têtes. Mais de quel modèle s’agit-il ? D’une sorte d’idéal dangereux qui se coupe progressivement du réel en entraînant dans sa chute une génération toute entière.

Très intéressante, cette étude évite habilement les simplifications et récupérations politiques grossières pour mouiller tout le paysage idéologique français de droite comme de gauche. Une réflexion savante sur un processus que beaucoup ont l’occasion de toucher du doigt sans pour autant en mesurer l’impact ou la gravité sur l’Homme en devenir, celui que nous “préparons”aujourd’hui, inconsciemment sans doute, pour le siècle à venir.

Henri Troyat, Votre très humble et très obéissant serviteur

by bluesman Posted in Romans | Commenter »

Description Commentée:

Voici un roman intelligent et très bien ficelé à forte connotation historique écrit en 1996 par Lev Aslanovitchy Tarassov (Лев Асланович Тарасо) plus connu en France sous le nom d’Henri Troyat.

Au fil de son récit, l’auteur tisse des liens étroits entre la France, en proie successivement au rayonnement des lumières, à sa révolution puis à la fièvre bonapartiste, et la Russie livrée aux règnes de Catherine II, Paul Ier et Alexandre Ier.

C’est sous l’égide de femmes extravagantes et dominatrices que Constantin Chévezoff, secrétaire à la chancellerie de l’impératrice russe, traverse cette page d’histoire tumultueuse.

Tranchante, vive et sans aucune concession, la plume de ce vieil académicien décédé l’année dernière nous fait vivre de l’intérieur les péripéties amoureuses et professionnelles de ce personnage qui, tour à tour passionné, effrayé ou indifférent se glisse dans des rôles aussi variés que scribe, amant ou confident.

De cette vie consacrée au service de sa Majesté, il ressort un portrait étonnant d’une époque tantôt glorieuse tantôt sordide où la bêtise côtoie l’esprit et où l’idéalisme le plus pur se mêle au sinistre pragmatisme des protagonistes.

À la fin de son roman, Henri Troyat ne cache plus le désarroi et la lassitude de son bon Constantin à qui ils prêtent ces mots terribles :

« En écoutant le récit de ces extravagances, je me félicitais chaque jour un peu plus d’avoir été éloigné du trône. J’étais convaincu à présent que toute politique, qu’elle fut libérale ou despotique, portait en elle les germes de l’injustice, de la corruption et de la folie. Échappé à l’horreur de la Révolution française, j’étais tombé dans l’horreur de la tyrannie russe. Le salut, pour un honnête homme, consistait à se méfier aussi bien des dirigeants illuminés que des foules aveugles. C’était en ne participant ni aux décisions du palais ni aux remous de la plèbe que le sage pouvait espérer survivre en ce siècle de fer. »

Yves Swolf, Le Prince de la Nuit

by bluesman Posted in BD | 3 Commentaires »

Description:

Yves Swolf ne s’est pas contenté d’être en procès contre Mickael Jackson et de jouer dans un groupe de Metal: Lazard, il a aussi entrepris d’écrire en 1994 une série de bandes dessinées rapidement devenue incontournable pour les amateurs de l’univers Gothique.

En effet, s’inscrivant dans la lignée de Bram Stoker, cet auteur reprend le mythe de Dracula dans la personne de Maître Vladimir Kergan, un Vampire qui terrorise une même Famille, les De Rougemont, sur plusieurs siècles.

Le trait incisif de l’auteur conjugué à son jeu d’ombres et de lumières plonge le lecteur dans les ténèbres de l’obscurantisme et de la folie des hommes, du moyen-âge jusqu’à la domination nazie.

Avis personnel:

Bien sûr, Le prince de la nuit ne vient pas révolutionner la bd franco-belge, il ne reste pas moins un bon travail à même de nous ravir tant par la vigueur de son coup de crayon que par les rebondissements de son scénario.